Dans le parc des Richmond Ranges

Du village Havelock à St Arnaud

Départ le 20.01, arrivée le 27.01

Pour le début de cette nouvelle section, le Te Araroa nous fait longer et traverser la rivière Pelorus. On met un pied devant l’autre sur un sentier très bien entretenu. Les températures estivales sont exceptionnellement élevées d’après les dires des habitants. Nos oreilles sont attentives au bruit de l’eau qui s’écoule et nos yeux se baladent sur tout ce qui nous entoure. La couleur de l’eau attire rapidement notre attention. Ce bleu azur et la chaleur sont une invitation à la paresse. Une seule envie nous trotte en tête : plonger dans la rivière pour se débarrasser de la sueur qui ruisselle sur notre peau. Nous succombons à la tentation vers 17h. Mais (car il faut toujours qu’il y ait un “mais”) la région est infestée de “sandflies”, des petits moucherons qui ont la puissance des moustiques. Et ils sont affamés ! Leur plat préféré est le sang des randonneurs insouciants qui s’aventurent près des points d’eau pour prendre leur bain hebdomadaire (ou mensuel). Les mauvaises odeurs ? Ils en raffolent et ils s’attaquent en premier aux pieds. Leurs piqûres provoquent d’intenses démangeaisons pendant plusieurs jours. Rien de dramatique mais cela est suffisamment désagréable pour écourter notre temps de repos près de cette eau limpide. On s’éloigne de quelques mètres de la rivière pour planter notre tente mais la distance n’est pas assez grande et les sandflies ont droit à un vrai festin. Ils essaient par tous les moyens de rentrer dans la tente, ce qu’ils parviennent à faire quand on doit nous-même rentrer ou sortir de notre abri.

Le lendemain, le temps change et le brouillard ne nous quittera pas jusqu’au soir, laissant les paysages environnants inconnus. On marche principalement dans une forêt qui a été ravagée sur plusieurs kilomètres par une ou des tempêtes. On sait qu’on gagne de l’altitude étant donné les pentes de plus en plus raides qu’on grimpe, avec des jambes de plus en plus endolories. C’est un soulagement quand on aperçoit enfin la “vraie” hutte, Starveall. Je parle de “vraie” hutte parce que nous sommes en train de développer “le syndrome de la hutte”. Ce syndrome apparaît après plusieurs heures de marche quand la fatigue s’installe.  Alors, des mirages nous dupent. L’exclamation “ça y est, je vois la hutte !” et l’accélération de nos pas provoquée par cette phrase magique, puis la déception après quelques minutes quand on réalise qu’il n’y a absolument aucune hutte dans notre champ de vision, ceci est la description de nos symptômes. Il est 18h40 et ce n’est pas une hallucination cette fois-ci, nous sommes bien arrivés. Il est temps de manger, de se présenter aux autres marcheurs, dont Pete et Cassidy que nous allons suivre pendant une semaine, et de dormir.

Le sentier est sous les arbres.

Mardi 23 janvier, le réveil sonne à 6h. Je range les duvets, Tristan prépare le petit déjeuner. Aujourd’hui, on attaque la partie montagneuse des Richmond. Le brouillard s’est complètement dissipé nous permettant de découvrir la beauté des lieux. On passe la journée sous un soleil radieux, entourés de montagnes. On s’accorde une journée plus tranquille en s’arrêtant à 15h à la hutte Old Man. Le soir, on fait la connaissance de 4 randonneurs: Elliot, Yoann, Rebecca et Gillian, que l’on retrouvera dans les huttes les soirs suivants.

Mercredi 24 janvier est l’une des plus belles journées passée sur le Te Araroa. Les sensations fortes sont au rendez-vous en affrontant des passages assez difficiles pour atteindre le sommet du Little Mount Rintoul (1643m) et Mount Rintoul (1731m). Par moment, on s’accroche à la paroi pour marcher sur le sentier qui est à peine plus large que nos pieds et on regarde droit devant nous pour éviter de trop voir le vide en dessous de nous. On prend une bonne inspiration, on se concentre et on avance. La récompense est au sommet quand on peut admirer des montagnes à perte de vue. Une fois qu’on a pris une pause sur Little Mount Rintoul, il faut descendre environ 240m dans des éboulis. Les pierres glissent de temps en temps sous nos pieds et ce n’est pas le moment de relâcher notre concentration. Puis, comme notre objectif est d’aller sur le sommet de Mount Rintoul, on grimpe à nouveau plus de 300m. Enfin, le sentier (qui doit aimer nous voir souffrir) nous fait descendre 500m en direction des prochaines huttes. Des montées,des descentes puis des montées…. On voulait être dans les montagnes, on y est ! Chaque goutte de sueur (même quand il s’agit de sueurs froides), chaque courbature, chaque écorchure sur la peau dûe à un passage trop serré contre la roche sont aussitôt oubliées lorsque nous sommes devant des vues inoubliables ou lorsque nous prenons notre dîner, heureux du parcours fait jusqu’ici. Ces sentiments que nous ressentons (sentiments d’accomplissement ? de simplicité ? de liberté ?) sont difficilement descriptibles mais ce qu’on peut dire avec certitude, c’est qu’ils valent la peine d’être vécus. On passe une soirée paisible à la hutte Tarn, proche d’un lac, avec Yoann.

L’arête qu’on vient de passer
Sur Little Mount Rintoul, avec à ma droite Mount Rintoul et entre les deux, une belle descente et une montée.
Sur Mount Rintoul
Puis une nouvelle descente

La marque beige entre les rochers (elle ressemble à une sorte d’entonnoir) puis la ligne qui descend dans la forêt, c’est la descente du Mount Rintoul. Pourquoi s’embêter à faire des lacets ?

Jeudi 25, l’ambiance change. On progresse dans la forêt en longeant et traversant une nouvelle rivière appelée Wairoa. Sa couleur est tout aussi hypnotisante que celle de Pelorus mais les sandflies sont là pour nous rappeler que s’arrêter sur ces rives signifient être dévorés vivants donc on se rafraîchit sans trop s’attarder. Après avoir traversé huit fois la rivière “grâce” aux instructions du Te Araroa, il est 15h45 et on doit faire un choix: s’arrêter à la hutte qu’on vient d’atteindre ou continuer jusqu’à la hutte Hunters qui est à 5 heures de marche. Si on choisit la dernière option, qui n’est pas la plus raisonnable, cela voudrait dire qu’on arriverait juste avant la nuit en maintenant un bon rythme. Il n’y a pas beaucoup de kilomètres qui séparent les deux huttes mais le dénivelé n’est pas négligeable et le chemin est plutôt escarpé. D’après la météo qu’on a consulté il y a quelques jours, le temps devrait être beau ce soir. Tristan et moi sommes aussi motivés l’un que l’autre alors la décision est prise. Après un départ à 6h30 ce matin, on a envie de repousser la ligne d’arrivée du jour aux environs des 21h. Nous voilà partis pour Hunters. Mais (le voilà encore ce fameux “mais”) plus on avance et plus les nuages derrière nous deviennent menaçants. La journée a été très chaude, l’air étouffant et tout à coup, un vent frais se lève. Ensuite, on entend un bruit alors qu’on passe près du Mont Ellis. “Non, ce n’est pas l’orage” se dit-on pour se rassurer. Un deuxième grondement vient contredire nos précédentes paroles. Oups ! On accélère légèrement le pas. Il nous reste entre 2h et 2h30 de marche. Un troisième coup de tonnerre et quelques gouttes nous mettent au pas de course. Tristan, bien enrhumé depuis plusieurs jours, n’est pas au mieux de sa forme. Seulement, l’unique option qu’on a est d’arriver à la hutte. Dans de telles circonstances, le poids du sac disparaît, porté par le pic d’adrénaline ou de stress ressenti. On achève notre course à 20h40 et finalement, l’orage n’est pas arrivé jusqu’à nous. Les randonneurs rencontrés quelques jours plus tôt (Pete, Cassidy, Elliot, Yoann, Gillian et Rebecca) nous réservent un accueil chaleureux et nous félicitent d’avoir fait le chemin jusqu’à cette hutte. Pour finir en beauté, un splendide coucher de soleil a lieu au dessus des montagnes. On admire ce spectacle tous ensemble avant de se coucher à une heure tardive pour des randonneurs… 22h. Se lever quelque part pour s’endormir ailleurs, et cela quasiment quotidiennement, est un privilège qu’on savoure pleinement. Les obstacles et les désagréments rencontrés rendent cette aventure encore plus intense et on s’estime toujours aussi chanceux de réaliser un rêve.

La rivière Wairoa

Depuis la hutte Hunters

Pour passer notre dernier jour dans les montagnes des Richmond, le Te Araroa nous gâte et nous fait passer par des paysages très variés et tous sublimes. L’air est toujours aussi lourd et difficilement respirable. Le soleil chauffe. On avance ayant déjà oublié l’épisode d’hier soir. Mais (ah le voilà encore celui-ci !) des nuages menaçants se dessinent dans le ciel. Sauf que cette fois, ils sont devant nous. Très rapidement, les premiers grondements se font entendre. Aucun doute possible, c’est bien le tonnerre. Puis, les nuages s’assombrissent et nous encerclent. Les grondements résonnent de plus en plus forts. Je commence à me sentir vraiment très mal à l’aise pour ne pas dire paniquée alors Tristan tente de me rassurer en disant “Non mais c’est bon…”. Phrase qu’il n’a pas le temps de finir avant qu’un éclair déchire le ciel devant nos yeux et qu’un violent coup de tonnerre lui coupe la parole. Instantanément, sans même questionner Tristan sur la fin de sa phrase, je me mets au pas de course, comme hier soir. Tristan me suit. Il nous reste deux heures de marche jusqu’à la hutte. L’orage n’est pas au dessus de nous mais il s’approche et les montagnes à l’horizon sont à peine visibles. On marche aussi vite que possible. Quelques gouttes tombent puis s’intensifient. Ça y est ! On voit la hutte et ce n’est pas un mirage ! On s’apprête à traverser un petit cours d’eau avant qu’un papier où est inscrit “Please read me” nous fasse freiner. Yoann, sachant qu’on était derrière lui, nous a laissé une note pour nous dire que les réservoirs d’eau de la hutte sont à sec et que ce ruisseau est notre derrière chance pour remplir nos bouteilles. La pluie se renforce mais elle ne remplira pas assez vite les réservoirs de la hutte et on a besoin d’eau pour se faire à manger. Notre abri est à moins d’un kilomètre. Tristan remplit la poche de notre filtre. On arrive à la hutte sous les applaudissements des six mêmes randonneurs qui nous avaient accueillis la veille. Ils guettaient notre arrivée depuis la hutte se demandant si on allait faire notre apparition avant l’orage. La pluie redouble mais on est tous sous un toit, soulagés. Selon les personnes qui travaillent au “Department of Conservation” et qui s’occupent des parcs et des chemins de randonnées, ces orages sont très inhabituels dans la région, même l’été. Le temps semble bien déréglé et la semaine prochaine, dans le parc national des Lacs Nelson, va renforcer cette pensée. Nous arrivons au village de St Arnaud le 27 janvier et nous avons désormais parcouru 1980 km.

Le lac Rotoiti, à St Arnaud

Une pensée sur “Dans le parc des Richmond Ranges

  • 22 février 2018 à 21 h 46 min
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    les photos et commentaires toujours aussi extra j’adore la photo depuis la hutte Hunters
    biz

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