Tararua Ranges

Dimanche 31 décembre

De la forêt en bas des montagnes à la hutte Waiopehu (17,5 km)

On commence vraiment la partie montagneuse des Tararua. En chemin, on croise trois randonneurs qu’on avait déjà rencontrés auparavant, Shroomer, Coyote et Sergio. Ils nous disent que cela a été les 4 jours les plus difficiles pour eux depuis le Cap Reinga. Ils ont eu un temps ignoble et très froid. Ils disent aussi que le sentier est très mal entretenu à certains endroits et que cela rend la progression fastidieuse. Voilà encore des avertissements très clairs. Ces prochains jours risquent d’être durs.

Tristan et moi décidons de faire une petite étape et la marche se finit vers 15h lorsqu’on arrive à la première hutte, à 960 m d’altitude. Nous avons été épargnés par la pluie et le vent pour cette première journée mais la soirée ne s’annonce pas prometteuse pour le lendemain. Des épais nuages entourent la hutte et on baigne dans une atmosphère grisâtre jusqu’à la fin de la journée. Nos compagnons américains et danois souhaitent atteindre la deuxième hutte alors on se dit au revoir. Deux minutes plus tard, on les voit entrer à nouveau criant “Happy New Year!”. Ils ont finalement changé d’avis et décident de passer la soirée avec nous. On célèbre le réveillon autour d’un plat de semoule, agrémenté de différentes sauces et quelques carrés de chocolat sont servis en dessert. On occupe notre soirée en discutant, en lisant, en écrivant ou en faisant des mots-croisés. En d’autres mots, une soirée normale mais agréable sur le Te Araroa.

Concentration sur les mots-croisés.

Lundi 1er janvier

De la hutte Waiopehu à la hutte Dracophyllum (12 km)

La hutte Waiopehu au petit matin

On se réveille à 5h30 et le ciel est finalement assez bien dégagé. La brume se dissipe rapidement laissant les rayons du soleil nous réchauffer. On admire les jolies vues depuis les sommets, on marche gaiement et tout d’un coup, je me retrouve les fesses par terre. L’un de mes bâtons de rando vient de se couper en deux, me faisant faire un beau dérapage lors d’une descente. Ça ne va pas simplifier la marche dans les montagnes mais il va falloir faire avec. Le dénivelé est plus ou moins important, ce qui est absolument normal. Cependant la difficulté est augmentée par l’état du sentier à certains endroits, comme nous avions été avertis. Il faut être très vigilant pour ne pas trébucher à cause de tous les obstacles qu’on peut trouver sur le chemin (rochers, racines, branches, trous cachés par la végétation, lianes ou autres) et pour ne pas s’enfoncer dans la boue qui fait son apparition de temps en temps. On fait 5 km en 4 heures… On déjeune au point culminant du jour (1432 m) sous le soleil et sans vent ! Le temps est de notre côté ! Puis on reprend notre chemin sur une arête. Les paysages sont majestueux.

Au bout de 12 km, les jambes fatiguent sérieusement. Il est 17h et donc on plante la tente près d’une toute petite hutte où il n’y a que deux lits dont l’un est déjà occupé par une autre randonneuse. Cela nous est égal, on est aussi bien dans notre tente qui est devenue notre “chez nous”. Haiku, Prana et Mikkel sont devant nous, ils ont dû atteindre la hutte suivante.

La brume se dissipe.
Les vues sont magnifiques.
C’est un vrai de bonheur de commencer 2018 dans un tel environnement.
Midi en Nouvelle-Zélande. Minuit en France. Bonne année !!!
À 1432 m d’altitude, la vie est belle.
Le sourire est là, pour le moment.
Fin de journée, la fatigue gagne. Même sur le Te Araroa, il y a des hauts et des bas et chaque chose qu’on souhaite obtenir ou chaque lieu qu’on désire atteindre doit se mériter. Les moments difficiles nous font encore plus apprécier les instants de bonheur. S’il était trop facile d’être dans une forêt aussi féerique, est-ce qu’on ressentirait les mêmes émotions que celles que nous avons éprouvées après des heures de galère ?

Quand on s’endort dans un endroit pareil, nous sommes extrêmement satisfaits de s’être lancés dans cette aventure.

Mardi 2 janvier

De la hutte Dracophyllum à la hutte Waitewaewae (12 km)

On commence notre marche vers 6h30. La forêt qui couvre cette partie des montagnes est époustouflante. Une mousse épaisse recouvre sol et arbres et elle donne un côté mystérieux et magique. On pourrait imaginer que toutes sortes de créatures féeriques et maléfiques sont les maîtres de ces lieux. On continue notre progression, on monte, on descend puis on grimpe pour mieux perdre 200 m d’altitude quelques minutes plus tard. Les descentes sont particulièrement pentues. On pourrait faire du toboggan par endroit si les lianes, racines, troncs, branches ne venaient pas nous bloquer le passage. Les nuages se sont invités aujourd’hui mais les températures sont toujours très agréables et le vent se tient à l’écart. Tout va très bien jusqu’à ce que la fatigue gagne en milieu d’après-midi. On affronte deux difficultés lors de cette étape: marcher sur une arête avec des passages où il faut escalader les rochers pour atteindre notre but et finir la journée en descendant 1000 m de dénivelé sur moins d’1 km. C’est très très pentu !!! Les genoux souffrent, des brûlures dûes aux frottements des chaussures / chaussettes contre la peau apparaissent. Chaque pas est un combat dans les deux dernières heures. Qu’est-ce que je fais ? Je m’assois et je me lamente sur mon sort en pleurant ou je reste forte en marchant ? Je choisis quelque chose entre les deux. Je pleure en continuant d’avancer. Je dois l’avouer, le cocktail fatigue et douleur joue sur mon moral. Les heures défilent mais la progression au niveau des kilomètres est extrêmement lente. J’ai l’impression de ne jamais arriver au bout. Il est plus de 16h, on a à peine fait 10 km. J’ai arrêté de pleurer mais je fais des grimaces de douleur à chaque fois que je dois plier les genoux pour franchir quelque chose qui barre le sentier, ce qui arrive environ chaque minute. Tristan n’en peut plus non plus mais il arrive à contenir ses émotions et ses expressions de souffrance bien mieux que moi. Après environ 12 km parcourus, on arrive enfin à la hutte. Et là, quel accueil !!! Haiku, Prana et Mikkel, qui nous avaient devancés la veille en faisant 17 km, nous applaudissent en nous voyant arriver. Des cris de joie et une véritable ovation pour nous féliciter d’avoir survécu à cette descente infernale dans laquelle eux aussi en ont bavé. Les pieds de Mikkel ont doublé de volume. Haiku nous dit: “Première chose que vous devez faire immédiatement, c’est plonger dans la rivière. Ça fait un bien fou ! Et en vous rafraîchissant dans l’eau, mangez un snickers.”. Elle nous tend à chacun la fabuleuse barre chocolatée. Un geste tout à fait anodin mais après une journée comme celle-ci, rien ne peut nous faire plus plaisir. Le sourire est revenu sur nos visages et on suit les instructions à la lettre. Toutes les pensées négatives se sont évaporées et on passe une super soirée dans la hutte nouvellement construite et très chaleureuse.

Début d’une nouvelle journée

Les nuages sont là mais il ne fait pas froid. Et parfois, des trous dans les nuages nous laissent admirer le paysage.
Marcher sur une arête est appréciable quand il n’y a pas de vent, même si le temps est gris. On est vraiment chanceux car, dans cette région, il est assez fréquent pour les randonneurs de devoir rester une journée entière dans une hutte à attendre que le mauvais temps passe.

Dans la descente infernale, le moment où le sourire n’est plus vraiment au rendez-vous.
Mais un super accueil nous est réservé à notre arrivée. Et on se détend en faisant un plongeon dans la rivière.
Cette hutte est particulièrement jolie avec tout le nécessaire pour nous faire passer une bonne soirée.

Le lendemain, mercredi 3 janvier, on marche 10 km pour sortir progressivement des montagnes en passant par la forêt. Jeudi 4 janvier, on marche 30km pour rejoindre la civilisation et la côte d’où on aperçoit l’île du sud. Le nouvel objectif est d’atteindre Wellington et Island Bay pour finir la partie nord du Te Araroa. On souhaite y arriver le 7 janvier.

De nouveau sur la côte, Wellington est à moins de 100 km désormais.
L’avantage de retrouver des lieux habités: les cafés !! Voici le meilleur gâteau à la carotte qu’on ait mangé.
Cela fait deux jours que le vent souffle fort avec des rafales à 120km/h. Heureusement, nous ne sommes plus dans les Tararua.
À l’horizon, l’île Kapiti. Sur sa droite, on distingue les montagnes de l’île du sud mais malheureusement, elles ne sont pas visibles sur la photo.

6 pensées sur “Tararua Ranges

  • 9 janvier 2018 à 10 h 37 min
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    Vous êtes vraiment les dignes « disciples » de Mike Horn !
    A voir vos visages (surtout celui de Jennifer) très bronzés et rayonnants, nous n’avons pas l’impression que vous souffrez mais vos commentaires toujours bien argumentés et accompagnés de superbes photos nous donnent le vertige. QUELLE AVENTURE !
    Bravo et continuez sur votre lancée avec le ferme soutien de vos proches.

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    • 13 janvier 2018 à 3 h 24 min
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      On vous remercie énormément pour votre soutien et c’est un plaisir de lire vos commentaires ! Gros bisous !

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  • 9 janvier 2018 à 19 h 42 min
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    OUAH ! quelle galère ces montagnes, mais quelle beauté, j’ai envie d’y aller…..en…hélico!!!
    les photos comme d’habitude sont superbes mais je me répète, j’aime bien les 2 de la hutte ou l’on voit des…fantômes !!! fait exprès ou pas c’est super
    cap sur l’île du sud avec nos encouragements
    BIIIIIIIIIISOUS

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    • 13 janvier 2018 à 3 h 27 min
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      L’effet « fantôme » est fait exprès.
      Merci beaucoup pour vos messages !! On pense fort à vous.

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  • 9 janvier 2018 à 22 h 00 min
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    Ce moral d’acier ! Incroyable! Vous m’épatez. Vous êtes nos warriors! Faites bien attention à vous tout de même. Love

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    • 13 janvier 2018 à 3 h 28 min
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      Merci nos chers Blondy !!! Quand est-ce que vous mettez vos sacs à dos pour nous rejoindre ?

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