Bluff, kilomètre 3041

De Riverton à Bluff

Jeudi 22 et vendredi 23 mars

66 km

Jeudi 22

On regarde le parcours sur la carte et aujourd’hui, on marche principalement sur la plage avant de longer une route menant à Invercargill, l’une des villes les plus australes du monde, comptant plus de 50 000 habitants. On vérifie la météo, qui ce matin annonce de la pluie pour toute la journée. Les prévisions météorologiques changent toutes les heures depuis hier et dans tous les cas, quelque soit le temps, il faudra bien faire les kilomètres donc on se lance. Le temps est gris et la plage est déserte. À marée basse, il est facile d’avancer sur le sable et n’ayant pas à se concentrer constamment sur où poser nos pieds, nos pensées peuvent vagabonder, elles aussi. On pense beaucoup aux derniers mois qui viennent de s’écouler sur le Te Araroa sans totalement réaliser que nous sommes en train de parcourir les derniers kilomètres. Puis Aymeric, un marcheur français rencontré hier, nous rattrape et on partage nos différentes anecdotes. Discuter à trois des aventures de la randonnée rend l’atmosphère moins mélancolique et les kilomètres défilent sans qu’on s’en rende compte. Finalement la pluie n’est pas au rendez-vous. La ville d’Invercargill ne nous séduit pas du tout surtout qu’on la découvre en commençant par la zone industrielle avec ses usines et ses bâtiments grisâtres. Par contre, on nous avait recommandé de rester dans une auberge s’appelant Southern Comfort et c’est de loin la plus jolie auberge dans laquelle nous avons dormi en Nouvelle-Zélande. C’est une ancienne maison pleine de charme. On se sent immédiatement bien dans cette ambiance chaleureuse. Beaucoup de randonneurs ont reçu la même recommandation et on croise à nouveau Tuomas et Anna dans la soirée. Ils reviennent tout juste de Bluff donc on les félicite, ils nous serrent dans leurs bras et nous souhaitent bonne chance pour demain.

Vendredi 23

Nous passons une nuit agitée, impossible de sombrer dans un sommeil profond alors que le calme est total dans l’auberge. Quand le réveil sonne ce vendredi matin à 6h21, je sais que je n’ai pas beaucoup dormi. C’est la première fois depuis le 21 octobre que je n’arrive pas à finir ma portion de porridge et j’ai même très mal au ventre. Tristan ne parle pas beaucoup. Il faut se rendre à l’évidence, franchir la ligne d’arrivée nous angoisse. La gorge se serre quand on se dit qu’aujourd’hui l’aventure va se terminer. Évidemment, on se dit (et les gens nous disent aussi) que de nouvelles aventures vont arriver mais à ce moment précis, les émotions sont difficiles à gérer. Jamais je n’aurais imaginé ressentir cela en ce matin du 23 mars mais c’est ainsi. C’est un peu comme le matin du 21 octobre, je ne pensais pas être capable de marcher 3041 km. Pourtant, il ne nous en reste que 34 et nous sommes également extrêmement heureux d’être sur le point de réussir ce challenge et impatients de voir le panneau « Bluff ». Bref, c’est la confusion la plus totale émotionnellement. En plus de ressentir des sentiments contraires, nous savons que le parcours en lui-même aujourd’hui est sans surprise et sans jolie vue. Après avoir longé un estuaire sur 6 km, nous allons en marcher 28 le long d’une route nationale très fréquentée et il n’y a pas de vrai sentier ou même de piste cyclable… Nous sommes déterminés à marcher chaque kilomètre donc c’est parti. Pour faire passer le temps sur ce genre d’itinéraires, nous avons pris l’habitude d’écouter des podcasts et on marche en faisant face aux véhicules qui arrivent pour pouvoir bien se mettre sur le côté quand les conducteurs ne font pas d’effort ou n’ont pas la possibilité de se décaler pour nous laisser plus de place. Certaines personnes font retentir leur klaxon en nous dépassant en nous faisant des grands bonjours ou nous montrant leur pouce pour nous encourager. Progressivement, l’angoisse se dissipe et nous atteignons Bluff. On longe la côte et on arrive à Stirling Point, la pointe la plus au sud de la Nouvelle-Zélande. Si on veut aller plus loin, il faut nager. Le village de Bluff n’est pas extraordinaire mais nous ne l’oublierons jamais pour ce qu’il représente. Une aventure se finit et on trinque à toutes les belles choses qu’on a vécues. On passe la soirée avec Aymeric avant de retourner à Invercargill le lendemain. Notre vol retour étant le 29 avril, nous avons un mois pour profiter de ce magnifique pays et on va commencer par laisser nos pieds se reposer.

À l’auberge Southern Comfort, Tristan prépare le petit déjeuner.
Les podcasts sont téléchargés et ils vont rendre la marche en bord de route moins déprimante.
On marche d’abord le long d’un estuaire mais seulement pour 6 kilomètres.
Les 28 derniers kilomètres se font en bord de route et c’est franchement désagréable. Ils sont en train de construire une piste cyclable entre Invercargill et Bluff mais les travaux, comme partout, prennent du temps.
Bluff !!! Pfiou, on y est et même si les derniers kilomètres n’ont pas été les plus magiques, se dire qu’on a traversé la Nouvelle-Zélande à pied est un accomplissement dont nous sommes fiers.
Le mer, l’obstacle qui fait qu’on ne peut pas aller plus au sud sans se mouiller.
Happy faces!
3041 kilomètres s’il vous plaît !

Que faire quand la randonnée est finie ?

Épisode 1, à l’auberge Southern Comfort à Invercargill
Épisode 2, dans un B&B à Kingston, au bord du lac Wakatipu.

Cependant, les montagnes ne sont pas loin et les retrouver va nous tenter très rapidement.

Se reposer oui mais pas trop longtemps quand même.

3 pensées sur “Bluff, kilomètre 3041

  • 29 mars 2018 à 1 h 51 min
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    Bravo a tous les deux, tout simplement fabuleux, plus de 3 millions de metres parcourus, tout ca pour un Bluff! (Martoni se retourne dans sa tombe). Et merci pour ces mois de reportages qui nous ont fait rever! La question que tout le monde se pose maintenant, que va faire Tristan de toute cette barbe ? Une offrande aux divinitées maori ? Une tresse gri-gri de poche ?

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  • 28 mai 2018 à 15 h 26 min
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    Franchement, un grand bravo à vous deux!!! Impressionnants vous êtes, et une belle histoire à suivre 🙂 (même au hipster)

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    • 29 mai 2018 à 7 h 25 min
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      Merci Fred ! C’était une grosse aventure ! vivement la prochaine 🙂 Comme ça, j’aurais une nouvelle excuse pour me laisser pousser la barbe !

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