De Twizel à Wanaka

De Twizel à Wanaka

Départ le 28 février – arrivée le 5 mars

142 km (2619 km au total)

L’île du sud est splendide.

Mercredi 28

Le départ de Twizel se fait sous une pluie fine qui, progressivement, laisse place au soleil. On a prévu de marcher 30 kilomètres aujourd’hui et il n’y a ni montée ni descente. Le chemin longe une partie du joli lac Ohau. Cela devait donc être une journée plutôt “facile”. Cependant, Cédric ressent l’apparition de certaines douleurs. Depuis le début de cette aventure, on n’a pas rencontré une seule personne qui n’a pas souffert à un moment ou un autre et souvent, le premier mois est le plus dur physiquement. Cédric est passé par les étapes classiques ces derniers temps : ampoules aux pieds, courbatures, légers coups de soleil, fatigue musculaire et quelques griffures. Rien d’alarmant jusqu’à présent. Aussi, il s’est blessé à la cheville quelques mois avant son départ, ce qui ne l’aide pas et la blessure n’étant pas complètement guérie, la douleur se réveille après plusieurs heures de marche, surtout lorsqu’il porte ses lourdes chaussures de rando. Il préfère donc marcher avec ses chaussures d’eau qui ne sont pas des chaussures faites pour marcher longtemps mais qui sont plus légères et soulagent la cheville endolorie. En plus, aujourd’hui, il faut l’admettre, ce n’est juste pas son jour : il se prend les pieds dans ses bâtons et se fait mal à la cuisse, il fait un trou dans une couture de sa tente, il se brûle le palais en mangeant son dîner et il s’assoit sur une souche d’arbre qui laisse plein de sève sur le seul short qu’il a ici. Encore une fois, tout ça nous paraît assez anecdotique mais l’enchaînement de ces petits désagréments nous fait rire. Demain sera un meilleur jour, peut-être.

La douleur fait partie de l’aventure.
Le lac Ohau

Jeudi 1er mars

Les garçons semblent avoir lancé le concours de celui qui chante la chanson la plus pourrie ces derniers jours (je vous épargne la liste, vous pourriez avoir des airs désastreux en tête) et de fil en aiguille, cela nous mène à chanter et écouter “Oops I did it again” de Britney Spears en finissant de ranger nos affaires et de plier les tentes (et cette chanson est loin de gagner une médaille dans leur concours. Il y a eu bien pire). On marche d’abord le long de la route, puis on entre dans un bois où l’ascension commence. 800 mètres plus haut et après avoir traversé plusieurs fois une petite rivière, on prend notre pause midi. Le temps est assez maussade et il y a quelques averses mais dire que les paysages sont jolis est un euphémisme. L’île du Sud est de toute beauté et chaque étape nous révèle les trésors de ce pays. Même s’il faut parfois traverser des marécages, marcher dans la boue, se faire griffer la peau par des plantes peu hospitalières, l’émerveillement est toujours là. En milieu d’après-midi, Cédric sent que la douleur au niveau de sa cuisse droite augmente. Tristan a eu une blessure au dos dûe aux frottements du sac et il a la peau à vif, ce qui est très loin d’être agréable. Et moi, j’ai très mal en haut de la cuisse gauche. Quelle équipe de choc ! On sait que ces douleurs et difficultés font partie du jeu et ce sont elles qui exacerbent notre satisfaction quand on atteint un sommet, une hutte ou un restaurant où on peut savourer une bière et une pizza. On enchaîne les kilomètres, désireux de savoir ce qu’il y a plus loin. Après ce lac, derrière cette montagne, qu’allons nous voir ? Donc parfois, le corps dit “stop”. Cependant, on ne l’écoute pas toujours, on lui donne de l’arnica et des ipubrofen au lieu de se reposer. On désinfecte coupures ou autres plaies. Et on continue, en espérant qu’on puisse accomplir nos objectifs. Aujourd’hui, on veut traverser la rivière Ahuriri qui est officiellement la rivière la plus large sur notre chemin. Nous avons entendu divers avis sur la faisabilité de cette traversée alors nous avons une petite appréhension. Mais on sait que nos amis américains Haiku et Prana, qui nous précédent, ont traversé cette rivière avec succès il y a quelques jours. On croise également deux autres personnes (une heure avant d’arriver à Ahuriri) qui ont fait la traversée cette après-midi. Bon, ils nous disent aussi qu’ils sont tombés dans l’eau à cause du courant mais que se relever n’avait pas été difficile. Noté. On arrive devant la rivière à notre tour. Il est à peu près 18h et nous avons déjà marché environ 29 kilomètres. On aperçoit 5 autres randonneurs de l’autre côté de la rive et il semble que la traversée fut aussi un succès pour eux, c’est à dire sans chute. On se lance donc après avoir repéré un endroit où l’eau paraît peu profonde et le courant raisonnable. Succès ! Un autre objectif atteint. On est épuisés et malgré les sandflies qui nous tournent autour, on établit notre campement, on filtre de l’eau, on cuisine notre dîner et on file se réfugier dans notre cocon, emmitouflés dans les sacs de couchage, espérant que les douleurs ressenties aujourd’hui aient disparu au réveil. On s’endort avec le bruit des gouttes de pluie qui atterrissent sur la tente.

Dans la forêt

Après la traversée de la rivière Ahuriri

Vendredi 2

Ai-je déjà mentionné que les paysages sont magnifiques ? Du matin jusqu’au soir, nous sommes sous le charme. Nous sommes au milieu des montagnes et où que l’on regarde, cette île est fascinante. Je laisse donc les photos donner une idée de l’environnement dans lequel on progresse pour raconter par écrit certains détails qui ne sont pas visibles sur les photos. La bonne humeur et la motivation ne nous quittent pas. En fin de journée, après avoir atteint le col, Martha, à 1680 mètres d’altitude, il faut redescendre à la hutte, à 892 mètres. Malheureusement pour Cédric, la douleur à la cuisse devient insupportable dans la descente, malgré l’arnica et les anti-douleurs qu’il a pris. Il s’enroule la cuisse avec une bande pour essayer de soutenir ses muscles mais chaque pas est accompagné d’une grimace signifiant “c’est très dur”. Etant au milieu des montagnes, il n’y a pas de chemin qui ramène rapidement à la route. Il faut donc soit continuer soit déclencher notre balise de détresse pour que les secours l’évacuent en hélico. Tant qu’il peut encore marcher, même lentement, il décide de continuer. Tristan et moi commençons sérieusement à nous faire du soucis. Dès que nous arrivons à la hutte, on lui dit de prendre l’un des deux lits de libre et de se reposer. Tristan et moi montons la tente et quand l’heure du repas arrive, je rentre dans la hutte occupée par Cédric et quatre autres randonneurs, pour prendre des nouvelles de mon frangin. Et là surprise. Je vois Cédric, allongé sur le lit de Klaus, un italien, qui est en train de masser Cédric, ou plutôt de faire des points de compression sur certains muscles. Par je ne sais quel miracle, il se trouve que Klaus a de l’expérience dans ce qu’on pourrait appeler les massages thérapeutiques. Il a une connaissance des muscles et sait où appuyer pour faire relâcher les tensions. Après son intervention, Cédric se sent déjà mieux et sa détermination à continuer la marche est bien présente. Nous verrons jusqu’où il peut aller demain. La balise de détresse reste dans le sac aujourd’hui.

Les Meindl, chaussures de rando, sur l’épaule.

Samedi 3

Pour l’étape du jour, les notes du Te Araroa recommandent d’aller jusqu’à la prochaine hutte qui est seulement à 13 kilomètres de là où nous sommes. On se dit donc que ça va être une journée tranquille, ce qui est parfait pour Cédric. Mais les notes avertissent aussi qu’il faut entre 7 et 8 heures pour faire ces 13 kilomètres (donc une progression à moins de deux kilomètres par heure) et cela veut très souvent dire que le terrain va être difficile. En effet, on monte et descend constamment, on fait un peu d’escalade et on traverse la rivière de nombreuses fois. Il y a un peu de boue et des pentes très glissantes. Mais Cédric tient le coup, difficilement dans les descentes, mais il avance. Les paysages aident à penser à autre chose et il faut tellement se concentrer pour ne pas trébucher et glisser que l’esprit est bien occupé. Cédric est aussi sous ibuprofen depuis le début de la journée. La douleur est toujours là mais supportable. Le cocktail “cachets, douleur et fatigue” font un peu dérailler Cédric qui à un moment nous demande si on suit bien toujours les carrés. Les carrés ? Il parle des triangles oranges qui indiquent la direction à prendre depuis le début de nos aventures. Ça va aller. Le chemin est si peu visible sur certaines portions qu’on pourrait croire que nous nous sommes égarés. Mais oui, on suit bien toujours les triangles. Ce sentier est complètement différent de ce qu’on a eu ces derniers jours. Nous sommes au milieu de la forêt sur un chemin escarpé et cela nous fait penser à des parties de l’île du Nord. On fait tous au moins une chute sur les pistes-toboggans, sans gravité. La journée ne se termine pas par une descente aujourd’hui mais une belle montée d’environ 500 mètres. Il nous faut 9 heures pour venir à bout des 13 kilomètres mais encore une fois, on est tous les trois heureux de ce qu’on a fait aujourd’hui.

Il y a déjà 4 autres randonneurs à la hutte quand nous arrivons mais bizarrement, ils ont tous planté leurs tentes et personne ne veut dormir dans la hutte car d’après les commentaires d’autres randonneurs, il y aurait des rats. Dans les huttes plus vieilles, l’isolation est vraiment très précaire et il y a toujours le risque que des souris, des opposums ou des rats puissent venir rendre visite pour essayer de récupérer un peu de nourriture laissée sans surveillance. Nous avons déjà vu des souris dans d’autres huttes. Mais cette hutte en particulier a développé une très mauvaise réputation pour une raison qu’on ignore et quand les quatre randonneurs voient que nous décidons de dormir dans la hutte, ils sont stupéfaits. Leur réaction est disproportionnée. À les écouter, on pourrait croire qu’il s’agit d’un monstre terrifiant qui hante cette hutte et qu’il va nous dévorer durant la nuit mais que, eux, qui ont décidé de mettre leurs tentes à 2 ou 3 mètres de la hutte, sont absolument en sécurité, comme si le rat ne quittait pas les quatre murs de sa demeure. Si un rat veut voler de la nourriture, ce n’est pas une fine tente qui va l’arrêter. Bref, on est trop fatigués pour aller plus loin et les seuls emplacements à peu près plats pour mettre une tente sont pris par les autres randonneurs donc on va voir si nos hôtes sont accueillants. On entend bien des rats se déplacer dans la hutte et interagir entre eux au cours de la nuit. Cédric et Tristan parviennent à en apercevoir un ou deux. Mais au petit matin, toutes nos affaires sont intactes et ces petits monstres ne nous ont rien volé et ils n’ont pas essayé de grignoter nos sacs ou autre équipement.

En fait, la journée ne va pas être si simple.

Le chemin est bien escarpé.
On regarde constamment où on pose nos pieds, surtout dans les descentes.
Un petit cocktail arnica ibuprofen.
La trace dans la boue, sous les garçons, a été laissée lors de ma chute.
Cédric suit à peu près mon exemple pendant que Tristan pleure de rire.

Cédric préparant son porridge dans la hutte, avec Ratatouille qui se cache quelque part.

Dimanche 4

Plus les jours passent et plus les kilomètres défilent sous nos pieds. À cette allure, on prend le temps de profiter de chaque minute, d’admirer chaque paroi, de voir les couleurs matinales se transformer. La douleur à la cuisse a arrêté d’augmenter pour Cédric. Il peut continuer d’avancer même si les descentes restent pénibles. Les lumières ce matin sont particulièrement belles. Les plantes aux couleurs vertes, jaunes, oranges contrastent avec les nuages menaçants. On monte jusqu’à Breast Hill qui offre une vue imprenable sur le lac Hawea. C’est la dernière fois que nous sommes au dessus de 1500 mètres sur le Te Araroa et Tristan et moi commençons à réaliser que la fin de ce périple approche. L’aventure a été si intense jusqu’à présent qu’on ne se rend pas bien compte que ça fait plus de quatre mois qu’on marche et que nous avons parcouru plus de 2580 kilomètres en mettant un pied devant l’autre, en admirant des paysages incroyables et sans se laisser décourager par les obstacles rencontrés. Il reste moins de 500 kilomètres avant Bluff et avant de franchir cette ligne d’arrivée. Cela nous paraît fou quand on prend le temps de réfléchir à tout ce qu’on a vu depuis ce 21 octobre 2017. En haut de Breast Hill, on croise un français qui arrive dans la direction opposée. On discute un peu avec lui et quand on lui dit qu’on planifie de rester au village du lac Hawea ce soir, il nous recommande un hôtel / camping  en nous disant que c’est 12$ par personne pour la tente, et qu’il y a une réduction au restaurant de cet hôtel pour les campeurs  : 5$ la bière et 12$ le burger. Il n’en faut pas plus pour nous motiver à reprendre la marche. Quelques kilomètres plus loin, on croise un autre randonneur qui nous donne le même conseil en répétant presque mot pour mot le même discours : 12$ la tente, 5$ la bière, 12$ le burger. Il faut qu’on y arrive ce soir ! Mais avant, il faut affronter une dernière difficulté : une descente très pentue de 950 mètres de dénivelé négatif, sur une arête. Les vues sont magnifiques ! Ce n’est effectivement pas un chemin facile mais on prend notre temps et on arrive au bout avec assez de motivation pour marcher les 7 derniers kilomètres avant la bière. Cédric est presque à la fin de son aventure sur le Te Araroa et c’était très plaisant de partager ces semaines avec lui. C’était un rêve pour lui aussi de découvrir la Nouvelle-Zélande et il est très heureux de l’expérience vécue. On trinque à la réussite de ces dernières semaines et à la beauté de cette île. Le lendemain (lundi 5) nous marchons 24 kilomètres jusqu’à la ville de Wanaka où on prend une journée complète de repos pour recharger les batteries, (mardi 6). Tristan et moi allons reprendre la marche en direction de Queenstown mercredi 7 alors que Cédric va prendre bus et avion pour aller d’abord à Queenstown, puis Christchurch et enfin Auckland et Prague. Il a parcouru plus de 400 km avec nous.

Cette section, partagée avec Cédric, a été l’une des plus belles.

La plante Couteau dont les feuilles ne plient pas mais transpercent la peau.
Les couleurs et les contrastes sont saisissants. Et cerise sur le gâteau, nous n’avons même pas eu de pluie.
Les moutons, plus perturbés par notre présence que les nuages.
Contemplation
Le lac Hawea
Le chemin suit l’arête.
Le long du lac Hawea
Mardi 5, en direction de Wanaka. Dès que le soleil paraît, les températures grimpent.
Le magnifique lac Wanaka
À Wanaka, on reprend des forces.
Super « petit » dej au Federal Diner, Wanaka.
Piiiiiie !
Nous sommes super heureux d’avoir partagé cette expérience avec Cédric !!

2 pensées sur “De Twizel à Wanaka

  • 6 mars 2018 à 9 h 31 min
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    Mais c’est qu’en plus de bien courir et de bien marcher il dessine pas mal non plus le ‘cave-man’ !!! Felicitations pour tous ces efforts qui paraissent de plus en plus difficiles, on dirait que l’ile du sud n’a rien d’une petite promenade dominicale ! Quelle belle aventure !!!

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  • 6 mars 2018 à 10 h 31 min
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    Géant le dessin !!!
    Bon courage pour la fin du périple et bon retour à Cédric à Prague.
    Gros bisous à tous les trois.

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