De Geraldine à Twizel

De Geraldine à Twizel

Départ jeudi 22 – arrivée mardi 27

129 km parcourus (2478 km au total)

Jeudi 22

“Sur place ou à emporter ?” me demande la jeune serveuse.

Notre impatience est telle que l’idée de se poser au café, The Running Duck à Geraldine, ne nous a même pas effleuré l’esprit et je réponds donc sans hésiter : “À emporter s’il vous plaît.”.

Le soleil brille et nous allons pouvoir reprendre notre marche. Je prends les trois muffins et mon chocolat chaud et je pars retrouver les garçons qui attendent Wayne en bas de l’hôtel. Tristan mange son muffin fraise-chocolat blanc immédiatement. Cédric et moi attendons d’arriver au départ du chemin pour savourer notre friandise. Wayne, notre chauffeur depuis mardi, vient nous récupérer pour nous conduire ainsi que quatre autres randonneurs à un départ de sentier qui s’appelle Forest Creek. Ce sentier ne fait pas officiellement parti du Te Araroa mais, d’après les avis reçus par Wayne et d’autres marcheurs, le chemin officiel, Bush stream, est certainement encore impraticable aujourd’hui à cause des fortes pluies tombées entre lundi soir et mercredi. Par prudence, on choisit de marcher sur le chemin Forest creek car ce sentier reste assez proche de Bush stream et il rattrape rapidement le Te Araroa. Il nous permet d’éviter de marcher dans une gorge dont la rivière doit toujours être à un niveau très élevé. Dès qu’on sort de la petite ville, on aperçoit les montagnes et depuis le passage du cyclone Gita, les sommets les plus élevés sont désormais bien blancs. Il a en effet neigé à partir de 1000 mètres d’altitude ces derniers jours et les températures ont sacrément chuté.

Vers 10h, nos pieds foulent à nouveau un chemin de randonnée, entouré de belles montagnes. Nous progressons dans une vallée et après deux heures de marche, il nous faut quand même commencer à traverser la rivière qui s’écoule ici (l’île du sud ne manque pas d’eau). On se doutait bien que même si on ne passait pas par la gorge, on ne pouvait pas garder les pieds secs aujourd’hui. On espérait simplement que ce soit moins dangereux sur ce chemin que sur le sentier Bush Stream, comme cela nous avait été rapporté par plusieurs personnes. Cependant, il se trouve que les traversées sont tout de même très laborieuses car le courant est vraiment fort et nous perdons pas mal de temps à essayer de trouver les endroits les moins dangereux. On commence à traverser et si on sent que le courant est plus fort que nos jambes, on fait demi-tour pour tenter notre chance ailleurs. Cédric enlève son sac et fait plusieurs tentatives pour trouver le meilleur passage. On ne peut pas comparer les deux sentiers mais s’il est vrai que la rivière est plus dangereuse sur Bush Stream, nous sommes bien contents d’avoir opté pour cette alternative car cela est suffisamment effrayant à notre goût. Par moment, on s’arrête juste pour observer la rivière afin d’essayer de repèrer le passage où le courant est moins fort et on entend le bruit des rochers s’entrechoquer, se faisant emporter par le courant. La première fois qu’on a entendu ces bruits, on croyait que c’était des rochers qui se détachaient des parois pour venir s’écraser quelques mètre plus bas. Mais non, c’est bien le courant qui arrive à bouger ces gros cailloux. On se déplace alors pour trouver un meilleur endroit pour notre traversée. Cédric et moi se prenons tout de même quelques pierres sur les chevilles et nous avons tous les trois les chaussures remplies de cailloux à chaque fois qu’on traverse d’une rive à l’autre. Avec les pluies intenses de ces derniers jours, la terre et la boue remuées par les courants rendent les eaux troubles et on ne peut plus voir le fond de la rivière. C’est donc avec nos bâtons qu’on tente de juger la profondeur de l’eau. Encore une journée chargée en émotions fortes ! Dès qu’on sait qu’on est à la fin des traversées, on affronte une pente ardue de 200m, on repère le premier endroit à peu près plat pour poser nos tentes et se reposer. Avant 21h, il n’y a plus aucun bruit. Nous sommes tous les trois profondément endormis.

Départ de Forest Creek
Forest Creek
L’une des traversées
À la recherche d’un endroit où camper

Vendredi 23

Le soleil se lève de plus en plus tard et on suit son exemple. Le réveil sonne en ce moment entre 6h et 6h30 et on part dès que le petit déjeuner est pris et que les affaires sont toutes rangées. Les objectifs du jour sont d’aller jusqu’au au col Bullock Bow (1692m), de rejoindre le Te Araroa et de passer une après-midi tranquille à la hutte ‘Royal’. Pour aller au col, c’est très simple, il faut grimper 700m. Plus on approche du col, et plus le sol blanchit. À une centaine de mètres de notre but, on peut toucher la neige. Les paysages sont sublimes et on les contemple en mangeant une barre de céréales. Ensuite, il suffit de suivre le chemin qui nous conduit jusqu’à un lac où on prend notre pause déjeuner, puis on récupère le sentier du Te Araroa et on arrive à la hutte un peu après 14h. On pourrait regarder ces paysages pendant des heures en profitant du calme au milieu des montagnes. À peine trente minutes après avoir écrit la phrase précédente, j’entends le bruit d’un tout petit avion. Ce dernier passe assez près de la hutte puis fait demi-tour pour venir atterrir sur la minuscule piste que je n’avais même pas remarquée en arrivant. Quatre personnes sortent de l’avion avec des sacs de rando et des provisions relativement importantes. L’une des personnes est le pilote et il reprend son envol après avoir déposé ses amis. Il fait un virage serré pour revenir survoler la hutte à basse altitude et dire au revoir à ses compagnons. Impressionnant ! On fait la connaissance des trois nouveaux arrivants, 2 fermiers néo-zélandais et un irlandais en vadrouille. Quand on voit leurs provisions, on comprend qu’ils ont une approche différente de la nôtre en ce qui concerne la randonnée. Ils sortent des steaks, du bacon, et d’autres aliments “solides”, puis 18 canettes de bière et une bouteille de 2L de Jagermeister. À ce moment là, Tristan et moi nous disons que le calme est fini et Cédric dit : “Chouette, ils vont peut-être nous offrir une bière !”.

Nous avons faux tous les 3. En plus d’être fort sympathiques (ça, on n’en avait pas douté), ils sont extrêmement respectueux et après avoir discuté avec nous, ils vont passer leur soirée à l’extérieur de la hutte. Cédric n’aura pas eu de bière mais on a eu une soirée et nuit très tranquilles, ce dont on avait envie afin d’être au top pour la journée de demain.

Bullock Bow Saddle
Est-ce que Cédric a essayé d’arracher un poil roux ? Mystère…
Partie de pétanque
À 1692 mètres

Pause barre de céréales


Après 4 mois sur le Te Araroa
On pourrait s’arrêter toutes les cinq minutes pour prendre des photos.
Toujours sur le sentier Forest Creek
Alors, c’est par où ?
De nouveau sur le Te Araroa
Royal Hut

Samedi 24

Me lever à 5h30 pour un départ à 6h30, je suis motivée ! Marcher dans la neige, je suis partante ! Affronter un dénivelé positif de 600 mètres dès le lever du soleil, je suis d’accord ! Mais ajoutez à tout cela des traversées d’une rivière alimentée par la fonte de la neige et vous avez en face de vous une Jennifer très très grincheuse. L’idée de devoir mettre mes pieds dans l’eau froide dès 6h30 du matin m’est extrêmement désagréable. Tristan traverse la rivière avec ses chaussures de randonnée sans se poser de question. Cédric met ses chaussures de rivière pour garder ses chaussures de rando sèches. De mon côté, les décisions sont plus difficiles à prendre. D’abord, j’enlève mes chaussures pour traverser pieds nus, puis, ce procédé devant être répété à de nombreuses reprises, je m’agace et j’essaie par tous les moyens de rester du même côté de la rive, même si les marqueurs du sentier indiquent qu’il faut traverser. Ça ne fonctionne pas non plus alors je cherche désespérément l’endroit où la rivière est la plus étroite pour sauter par dessus. Mais un tel endroit n’est pas toujours facile à trouver et cela s’avère être une perte de temps plus qu’autre chose. Donc après avoir dit “je déteste la Nouvelle-Zélande” et avoir dit et redit “je ne veux pas mouiller mes chaussures”, je dois me résigner à finir les traversées avec mes chaussures. Ça fait “floc floc” à chaque pas et cette sensation n’est pas plaisante du tout, sans parler du froid qui rend les orteils douloureux. Nous sommes tous les trois dans le même cas, et nous avons tous des pieds congelés, donc on ne traîne pas sur le chemin. Plus on progresse dans notre ascension, et plus la neige devient dense, mais surtout les paysages sont de plus en plus époustouflants. On n’obtient pas une vue inoubliable sans un minimum de souffrance. Je devrais le savoir après quatre mois sur le Te Araroa. La récompense est donc, comme d’habitude, en haut du col, à 1925m. La vue est grandiose. On oublie le froid, le mal aux jambes, ma mauvaise humeur, les difficultés rencontrées et on contemple ce qui nous entoure. On voit le lac Tekapo et une chaîne montagneuse splendide avec Mont Cook. Le soleil et la neige rendent le tout encore plus magique. Où que l’on regarde, tout est magnifique. Les garçons improvisent une partie de pétanque et ensuite on descend le long d’une arête pendant plusieurs kilomètres. On s’arrête souvent quelques minutes pour faire un tour sur nous-même afin de bien réaliser à quel point les paysages sont exceptionnels. J’avoue évidemment que je ne déteste plus du tout la Nouvelle-Zélande, bien au contraire. Comme je le disais à Cédric il y a quelques jours, on passe par des émotions assez extrêmes depuis le début de ce périple.

Départ au lever du soleil

Sur le col Stag
Partie de pétanque avec vue sur le lac Tekapo
En direction de l’arête, avec parfois de la neige jusqu’aux genoux.
La plus belle vue sur le Te Araroa jusqu’à présent et elle va être difficile à battre.
Parmi toutes ces montagnes, il y a Mont Cook !

Impossible de garder les pieds secs ces derniers temps.
Fin d’une journée exceptionnelle.

Dimanche 25

On continue notre marche jusqu’au village Lac Tekapo où on passe la nuit dans un camping. Cédric comprend notre frustration en ce qui concerne le réseau téléphonique et les accès internet qui sont de très mauvaise qualité. Il faut attendre au moins 5 minutes avant qu’une seule page internet ne s’ouvre et encore, cette page ne s’ouvre que si la connexion n’a pas été interrompue pour je ne sais quelle raison. On prend quelques bières pour célébrer nos progrès sur le sentier et on mange notre dîner (riz, sauce thaïlandaise à la noix de coco et noix de cajou) assis par terre sur une terrasse abritée par un toit car il commence à pleuvoir.

Au village Lac Tekapo

Lundi 26

On a prévu de faire une grosse journée de marche aujourd’hui : départ du Lac Tekapo à 8h, pour s’arrêter dormir au bord du lac Pukaki, 43km plus loin, un peu avant 20h. Cédric réussit son premier marathon brillamment, malgré des douleurs par-ci par-là. Mais sans douleur, il n’aurait pas partagé pleinement notre aventure. Même si les températures restent fraîches, nous avons la chance d’avoir une journée ensoleillée et de pouvoir admirer les paysages. Mont Cook domine la chaîne montagneuse et le bleu du lac Pukaki est hypnotisant.

Départ depuis le lac Tekapo, 43 km à faire aujourd’hui.
On marche le long du canal Tekapo.
Puis on arrive proche du lac Pukaki avec une vue splendide sur Mt Cook.

Le lac Pukaki et Mont Cook
Dernier kilomètre
Pas de dénivelé aujourd’hui mais les vues étaient toujours à couper le souffle.

Mardi 27

Le ciel reste gris aujourd’hui et les montagnes se cachent derrière les nuages. On doit faire les courses pour les 6 prochains jours donc on décide de marcher 12km, jusqu’à une petite ville qui s’appelle Twizel. On mange dans un restaurant le midi, on organise la semaine qui arrive et on se repose.

Une pause en ville, une pression
Une pause en ville, un burger ? non une pizza !? Aaaaah, le choix est difficile !!

Une pensée sur “De Geraldine à Twizel

  • 27 février 2018 à 10 h 08 min
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    J’en ai le souffle coupé …. Je n’ai plus de mots tellement votre aventure est époustouflante !!!!

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