D’Arthur’s Pass à Geraldine

D’Arthur’s Pass à Geraldine

Du 14 au 21 février

141 km parcourus (2349 km au total)

Après avoir passé plusieurs jours à Christchurch pour diverses raisons, nous repartons vers le sentier avec un nouveau membre dans notre équipe. Cédric, mon frère et ami de Tristan depuis le lycée, rêvait de découvrir la Nouvelle-Zélande depuis des années et il s’est dit que faire une partie du Te Araroa avec nous était un bon moyen de réaliser son rêve. Nous voilà donc tous les 3 au bord de la route à faire du stop espérant trouver une âme charitable qui veuille bien accepter notre compagnie durant les deux heures de trajet qui séparent Christchurch d’Arthur’s Pass. Les garçons lèvent leur pouce, je montre notre pancarte indiquant notre destination et trente minutes plus tard un jeune couple d’allemands s’arrête et charge nos sacs à dos dans le coffre de leur 4×4. Cédric, Tristan et moi montons à l’arrière, impatients de retrouver les montagnes. À peine descendu de la voiture à Arthur’s Pass, Cédric fait la connaissance des sandflies. Nous avions promis à Cédric un démarrage en douceur et pour cette première après-midi, nous avions prévu de marcher environ 5km et de s’arrêter dans une hutte pour passer une soirée tranquille. Finalement, on a du mal à lever le pied et on fait 15km avec 700m de dénivelé positif. Les vues en valent la peine. L’aventure a recommencé.

Le lendemain, jeudi 15, le sentier nous fait passer par de beaux sous bois, nous offre des vues toujours aussi magnifiques et, à nouveau, nous fait traverser à de multiples reprises les rivières. Le soleil brille. Cédric essaie de garder ses chaussures sèches (chaussures de rando waterproof en cuir) et met une autre paire chaque fois qu’il faut mettre les jambes dans l’eau. Après une quinzaine de changements et une vingtaine de kilomètres parcourus, il commence à en avoir assez et tente de traverser la rivièrer en gardant ses grosses chaussures de rando et en marchant sur les rochers qui dépassent de l’eau. Je le regarde, légèrement soucieuse. Évidemment, les rochers sont glissants, ses pieds dérapent et finissent dans la rivière. L’eau passe par dessus ses chaussures qui sont désormais remplies d’eau. À ce moment là, on ne le savait pas mais c’était l’avant dernière traversée de la journée. Il avait presque atteint son objectif. Bienvenue sur le Te Araroa. 😊

Changement de chaussures, épisode 12

Vendredi 16 février, le temps est toujours radieux et on marche 29 km, principalement le bord d’une route gravillonnée, pour arriver au lac Coleridge qui nous fascine par sa couleur. On passe la soirée dans un B&B où nous avions envoyé deux colis de nourriture pour la semaine suivante. On prend quelques bières et on se détend dans le jacuzzi avant d’ouvrir les colis et refaire les sacs. Quand on se motive enfin pour préparer nos sacs, l’inquiétude nait sur le visage de Cédric. Ses rations alimentaires sont un peu moins grosses que les nôtres car les appétits sont loin d’être les mêmes en début de rando qu’après 4 mois mais on lui a quand même prévu trop de nourriture et il peine à tout faire rentrer dans son sac. Après plusieurs réarrangements, nos sacs sont enfin prêts.

Le lac Coleridge derrière nous.

Au B&B, avant de préparer les sacs avec les nouvelles rations de nourriture.
Don’t panic

Autre “soucis”, le sentier s’arrête à deux endroits au cours de ces prochains jours (après Lac Coleridge et après le sentier Clearwater) car il est coupé par deux rivières très larges et ceux qui ont créé le Te Araroa classent ces deux parties en zones dangereuses, le niveau de l’eau et la force du courant étant difficilement prévisibles. Le sentier s’arrête donc net d’un côté pour repartir quelques kilomètres plus loin de l’autre côté des rivières et il est très fortement déconseillé de traverser ces rivières, surtout lorsque de la pluie est annoncée. C’est à nous, randonneurs, de trouver une solution pour rallier ces deux points. Quelques conseils sont donnés dans les notes.

Première rivière classée zone dangereuse. Le sentier, représenté en rouge, s’arrête au lac Coleridge (point d’exclamation) pour repartir de l’autre côté de la rivière.

Pour la première rivière, le propriétaire du B&B à Lac Coleridge peut conduire ses hôtes au départ du sentier suivant, moyennant finance. Le prix est très élevé pour une heure et demie de route mais faire du stop est apparemment très difficile car seule une route de campagne très peu fréquentée mène au départ du prochain sentier. Bref, on choisit l’option la plus onéreuse mais la plus rapide et on continue notre marche samedi 16, dans les montagnes. On traverse une partie du parc Hakatere où on admire les paysages. Nous passons deux nuits dans des huttes, la hutte Comyns (8 lits) et la hutte Double (6 lits). Dimanche 17, la journée commence fort car le sentier nous fait avancer dans une gorge où il faut constamment mettre les pieds et jambes dans l’eau. Cédric enfile ses chaussures de rivières dès 8 heures du matin pour ne les retirer que 3 heures plus tard. L’eau est très froide et les rayons du soleil ne passent pas encore au dessus des montagnes. Il nous est impossible de nous arrêter car nos pieds nous font mal tellement ils sont froids et si on fait une pause, c’est tout notre corps qui se refroidit. Donc on continue jusqu’à ce qu’on puisse enfin atteindre une zone ensoleillée. Quand on n’a pas les pieds dans l’eau, il nous faut zigzaguer entre des arbustes épineux qui nous écorchent la peau. Certaines plantes ont des feuilles qui sont des véritables lames de couteau. Dans ce climat assez difficile (beaucoup de vent, chaud l’été, froid l’hiver), uniquement les plantes les plus résistantes poussent et elles ont des techniques de défense plutôt efficaces. On prend notre pause déjeuner à 1480 mètres et les paysages sont toujours une récompense inestimable. On profite d’une beau coucher de soleil et d’un sublime lever de soleil depuis la hutte Double en ce dimanche soir.

Lundi 18, on quitte progressivement le parc Hakatere et on continue notre progression sur le sentier Clearwater. Avant de quitter le lac Coleridge, nous avions vérifié la météo et nous savons que le temps doit se détériorer dans la soirée pour devenir misérable mardi avec beaucoup de pluie. Toute la journée du lundi, on contemple les paysages mais on guette surtout les nuages menaçants qui se forment tout autour de nous. Le vent s’intensifie mais la pluie se tient à l’écart. Il n’y a pas de hutte sur cette partie du chemin et nous savons qu’il faut dormir en tente ce soir. On trouve un endroit qui paraît sympa pour passer la nuit et on décide donc d’établir notre campement. Cependant le vent en a décidé autrement. J’essaie d’aider Tristan à maintenir notre tente au sol mais le vent s’engouffre à l’intérieur et la fait virevolter dans tous les sens. On pose mes bâtons de marche au milieu de la tente pendant que nous essayons de tendre les quatre coins. Le vent me renvoie les bâtons en pleine tête. Il semblerait que le temps nous envoie un message et qu’il vaudrait mieux aller camper ailleurs. Cédric essaie de se construire un mur en pierre pour couper le vent mais nous voyant autant galérer, on arrête les dégâts. On s’assoit pour réfléchir à d’autres solutions. Tristan mange une barre de céréales pour l’aider dans sa réflexion. Si on veut atteindre une hutte, il faudrait prendre un autre sentier qui nous ferait faire un détour de 12 kilomètres et nous éloignerait donc de la destination prévue pour le lendemain : le parking de Mont Potts. Sachant que le temps annoncé est mauvais pour les prochaines 24 heures au moins, on n’a aucune envie de rallonger notre itinéraire. On choisit donc de continuer à marcher en direction du parking, jusqu’à ce qu’on trouve un emplacement correct pour nos tentes. On trouve cet emplacement quelques minutes plus tard. Les nuages s’assombrissent sérieusement mais le vent a diminué. Les tentes sont montées, on mange notre dîner et on se réfugie sous notre abri, attendant de voir ce que les éléments nous réservent.

Mardi 20, la pluie est arrivée dans la nuit et ne cesse de s’abattre sur nous toute la matinée. La pluie tombe vraiment mal car nous voulions aujourd’hui essayer de traverser à pied la deuxième grosse rivière, ce qui est absolument impossible dans ces conditions.

Deuxième rivière. Le sentier s’arrête au parking pour reprendre à la rose des vents.

Nous avons heureusement été prévoyants et depuis le B&B de lac Coleridge, nous avions contacté Wayne, un kiwi qui propose de conduire les randonneurs du parking de Mont Potts jusqu’au départ du sentier suivant, de l’autre côté de la rivière. Comme pour le propriétaire du B&B à lac Coleridge, faire appel à ses services a un coût non négligeable mais notre sécurité passe avant tout et Wayne nous a donné rendez-vous au parking à 15h. Nous avons seulement 12 kilomètres à parcourir entre notre campement et le parking. Vu la forte pluie qui s’abat sur nous, on ne lève le camp qu’à 11h30, voulant rester au sec le plus longtemps possible. Tristan donne un coup de sifflet pour avertir Cédric qu’on est prêts à mettre le nez dehors. Cédric hurle “Go, go, go” pour motiver les troupes. En moins de 5 minutes, les tentes sont sur les sacs. En moins de 30 minutes de marche, la pluie nous a complètement trempés, s’infiltrant par la moindre ouverture dans nos vêtements, dans nos chaussures. Ces 3 heures de marche vont être longues. On n’a qu’un seul espoir : que Wayne, notre chauffeur, voyant le mauvaise temps soit déjà sur le parking quand on arrive. Notre heure de rendez-vous est à 15h et on arrive sur le parking un peu avant 14h30. Et quel soulagement ! Wayne est déjà là ! Il met nos sacs détrempés à l’arrière de son véhicule et nous dit de nous asseoir au chaud. On s’exécute immédiatement, très contents d’avoir un abri. Puis, l’une des premières questions de Wayne est : “Alors, quels sont vos plans ?”. On lui demande s’il est au courant de la météo et là il fait une grimace disant que ça ne va pas s’améliorer avant jeudi. Le cyclone Gita est  sur le pays et il va y avoir beaucoup de vent, de pluie et des risques importants d’inondation. Ce n’est pas un temps à rester dehors et on demande des conseils à Wayne. D’après lui, il vaut mieux attendre jeudi matin pour repartir sur le sentier. On suit ses conseils et il nous prête son téléphone pour qu’on puisse se renseigner et réserver une chambre ou trois lits quelque part. C’est comme ça qu’on atterrit chez Jenny et Steve Deans qui ont une auberge, chambre d’hôtes et une ferme où ils cultivent fruits et légumes. Un article entier pourrait être dédié entièrement à la soirée / nuit que nous avons passée chez eux. Ce couple est absolument incroyable. Jenny s’assure que nous avons des vêtements secs à mettre sur nous pour nous réchauffer. Tristan n’ayant plus aucun pantalon sec, elle insiste pour qu’il lui donne son short qu’elle met dans son sèche-linge. Elle nous prépare du thé et va nous chercher des légumes frais dans son jardin pour qu’on puisse se faire une bonne salade. Elle et son mari partagent leur pesto fait maison avec nous. À cause du cyclone, il est probable qu’il y ait une coupure d’électricité cette nuit donc elle nous conseille de recharger nos téléphones au plus vite. Nos lits pour la nuit sont sur la terrasse au premier étage avec d’épaisses couettes. La maison a un charme fantastique avec beaucoup de livres et de peintures. Tristan questionne Jenny pour savoir qui est l’artiste dans la famille et là on découvre que nous ne sommes pas chez n’importe qui. Steve descend d’une famille très prestigieuse écossaise (un petit exemple : la reine d’Angleterre était au mariage de l’un de ses frères). Le père de Steve, Austen, est un artiste renommé et ses tableaux sont exposés dans différentes galeries (la galerie d’art de Christchurch par exemple). Jenny nous montre un livre qui a été publié sur la vie et les œuvres d’Austen Deans, et nous sommes admiratifs de la vie qu’il a menée. Finalement, cet arrêt imprévu nous a permis de rencontrer un couple fort sympathique dont l’accueil chaleureux restera un excellent souvenir. La pluie redouble durant la nuit mais nous sommes bien au chaud dans ce dortoir en extérieur. Jenny m’a également prêté une bouillotte, le rêve ! On n’aurait pas pu mieux tomber.

Mercredi 21 février, le temps est toujours très pluvieux et Wayne nous conduit au village appelé Geraldine où on se repose pour une journée et une nuit. On espère retourner sur le sentier jeudi matin (toujours grâce à Wayne, notre chauffeur), direction le lac Tekapo. Si le temps nous le permet, on devrait atteindre le village ‘Lake Tekapo’ samedi.

2 pensées sur “D’Arthur’s Pass à Geraldine

  • 23 février 2018 à 18 h 55 min
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    Cédric….Copieur !!!! en effet j’ai déjà expérimenté la traversée de torrent sans enlever mes  »belles » chaussures de rando en cuir, me croyant malin en marchant sur les cailloux et petits rochers mais…. presque arrivé de l’autre coté , un satané rocher roule sous mon pied et plouf le mec et les pompes dans l’eau et fin de la rando les pieds mouillés. bon cela dit la grosse rando faisait à tout casser 9-10 Kms !!! et il en restait seulement 2 à faire !!
    Sinon toujours autant à l’affut des news, des beaux textes et magnifiques photos et en plus maintenant Jenni est accompagnée de 2 barbus; barbe longue et barbe courte (pour l’instant).
    Immenses bises à tous les 3

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  • 23 février 2018 à 19 h 01 min
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    encore moi
    sur la photo  »selfie » de Cédric le mec au 2ème plan il fait vraiment peur !!!! Pov’Jenni
    Attention ne pas confondre Selfie et Sandflies même si tous les 2 laissent des souvenirs durables !!

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